COP8 Dernières Nouvelles - Français
Conclusion de la CDB: Minuit passe, et Ban Terminator a le dernier mot
Lucy Sharratt –
Saturday 01 April 2006
Presente (passe minuit!) jusqu'a la toute fin de la COP8, la Campagne Interdire Terminator a ete la derniere a prendre la parole dans la pleniere pour remercier les gouvernements d'avoir reconnu l'importance du moratoire de la CDB sur Terminator et pour lancer un appel en faveur d'une interdiction globale.
C’est maintenant officiel : le moratoire sur Terminator est maintenu!
Lucy Sharratt –
Friday 31 March 2006
C’est maintenant officiel : le moratoire sur Terminator est maintenu, et même renforcé, puisqu’il est précisé que toute recherche future doit être dans les limites du moratoire de facto, ce qui exclut les essais en champ.
Ce matin, dernière journée de la convention, un millier de femmes et d’hommes liés à la Via Campesina étaient là pour transmettre un certain nombre de messages aux délégués : « Agricultura fora da OMC » (« Sortons l’agriculture ce l’OMC »); « Terminar Terminator » (« Pour une interdiction globale de Terminator »); et « Não aos arvores transgênicos » (« Non aux arbres transgéniques » – la prochaine bataille…)
Nous avons gagné une bataille, mais pas la guerre. Le moratoire de facto est par nature temporaire; il sera de nouveau en proie aux attaques, tôt ou tard. Cap sur une interdiction globale.
Terminator/TRURG : Le moratoire est maintenu!
Karine Peschard –
Sunday 26 March 2006
Les discussions ont pris un tour inattendu ce matin : à la reprise des travaux, le président d’assemblée a annoncé qu’il y avait consensus autour de la proposition de l’Union Européenne d’abandonner la recommandation 2b concernant « l’évaluation des risques au cas par cas ». Le moratoire est donc maintenu, et même renforcé puisqu’il est spécifié que les recherches doivent être poursuivies « dans les limites du mandat de la Décision V/5 » (qui recommande aux Parties de ne pas approuver les essais en champ et la commercialisation des TRURG, et qui tient lieu de moratoire de facto).
C’est une victoire pour les agriculteurs, pour les peuples autochtones et pour la société civile. Et une défaite cuisante pour les gouvernements qui appuyaient la recommandation 2b.
Nous n’en savons pas plus sur la « non-position » (c.-à-d. « n’appuie ni n’oppose les TRURG »?!) du Canada puisque celui-ci n’a pas pris la parole en plénière comme prévu. Nous ne savons pas ce qui s’est dit dans les corridors dans la nuit de jeudi à vendredi, mais une chose est sure : le momentum créé au cours des derniers jours - à travers les manifestations presque quotidienne de la Via Campesina, qui formait un couloir pour ‘accueillir’ les délégués à leur arrivée au centre de convention; les conférences de presse; les insignes du ‘semeur macabre’ que de nombreux délégués arboraient; l’action silencieuse des femmes de Via Campesina pendant la réunion du groupe de travail, etc. - tout cela a fait en sorte qu’il soit difficile politiquement pour le Quad (Canada, Nouvelle Zélande, Australie, États-Unis) d’imposer la recommandation 2b.
Un retournement d’ici la fin de la convention n’est pas impossible, quoique improbable. Le texte final doit encore être adopté en plénière, et il est toujours possible que la déclaration ministérielle réintroduise l’idée de l’évaluation des risques au cas par cas ou autre langage contentieux, ce qui ne modifierait pas le texte comme tel, mais aurait des implications politiques pour la suite des choses.
En somme, nous avons gagné une bataille mais pas la guerre. Les TRURG sont trop profitables pour l’industrie pour qu’elle abandonne si facilement, et on doit s’attendre à ce qu’elle revienne à la charge d’une façon ou d’une autre. Le moratoire est imparfait et fragile, d’où l’importance désormais de faire pression pour l’interdiction de ces technologies au niveau national, comme l’ont déjà fait le Brésil et l’Inde. Il faut donc rester vigilant. N’empêche que c’est une belle victoire…
Négociations sur Terminator/TRURG à la COP8 : « 2b is not to be »
Karine Peschard –
Thursday 23 March 2006
À un quart d’heure de la fin de la session de la matinée, le sujet des TRURG a finalement été abordé par le groupe de travail sur la biodiversité agricole. L’Argentine a pris la parole la première, suivie de la Malaisie – au nom du G77 et de la Chine - et de la Norvège. Tous trois ont réaffirmé la Décision V/5 (le moratoire de facto) et souligné l’importance du principe de précaution en l’absence de certitude scientifique. Tous trois ont aussi clairement demandé le retrait du paragraphe 2b (c.-à-d. du langage de « l’évaluation des risques au cas par cas » imposé par la Nouvelle Zélande à Grenada en janvier dernier). Le porte-parole de la Malaisie a provoqué les applaudissements de la salle en terminant sur ses mots : en somme, « 2b is not to be ».
Offensive pro-Terminator à la reprise des travaux en après-midi : la Nouvelle Zélande a été la première à prendre le micro, suivie de l’Australie et de la Suisse. Tous trois ont succinctement réitéré leur appui au paragraphe 2b. [Silence dans la salle] Le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) a annoncé qu’il s’engageait à ne pas incorporer les TRURG à ses travaux; ont suivi une série d’interventions en faveur du moratoire par des représentants autochtones et jeune, et une intervention [chaudement applaudie] de Pat Mooney au nom de la Campagne pour Interdire Terminator. La session s’est terminée par trois interventions pro-Terminator par, respectivement, Public Regulation and Research Initiative (lobby pro-industrie), les États-Unis (non-Partie à la CDB) et un représentant de l’industrie (Crop Science et Biotechnology Industry Organization).
À noter : le Canada n’a pas pris le micro, ce qui nous laisse toujours dans le noir quant à savoir comment doit être interprétée la « non-position » officielle de la délégation canadienne qui consiste à « ne pas appuyer ni n’opposer » aux TRURG…
Étant donné l’absence évidente de consensus, et devant des positions si tranchées, le président a proposé que les Parties en faveur de l’adoption du paragraphe 2b se réunissent pendant une heure et reviennent au groupe de travail avec une proposition permettant de faire avancer les débats. À suivre…
À moins de 24h des négociations, la polémique autour de Terminator s’intensifie
Karine Peschard –
Wednesday 22 March 2006
Durement critiquée au cours des derniers jours - pour son attitude intransigeante en général, et pour son appui a Terminator en particulier - la Nouvelle Zélande est de toute évidence sur la défensive. En conférence de presse hier, le ministre de l’environnement de la Nouvelle Zélande, David Benson-Pope, a été jusqu'à nier l’existence d’un moratoire international sur Terminator. La Décision V/5 est pourtant reconnue mondialement comme un moratoire de facto; seule une poignée de pays, parmi les plus ardents défenseurs de Terminator, se refusent a le reconnaître. Le ministre a réitéré que le gouvernement de Nouvelle Zélande appuie l’approche « d’évaluation des risques au cas par cas ». Et d’ajouter, assez incroyablement : « S’il existait, par exemple, une technologie qui permette de garantir la stérilité de notre population d’opossums, la population de la Nouvelle Zélande ne s’attendrait-elle pas a ce que nous envisagions au moins cette possibilité? ». Doit-on conclure que la Nouvelle Zélande est en faveur de l’évaluation des risques au cas par cas pour la stérilisation génétique des animaux?!?
D’autres pays font heureusement preuve de plus de bon sens. Au lendemain d’une rencontre avec les ONG et mouvements sociaux brésiliens, la délégation brésilienne a fait savoir qu’elle appuyait le maintien du moratoire. Dans un communiqué de presse conjoint des ministères des Affaires étrangères et de l’Environnement, le Brésil affirme que le texte proposé à Granada (c.-à-d. l’évaluation des risques au cas par cas) porte à confusion, et que les essais doivent être confinés aux laboratoires étant donné les risques que posent les TRURG pour la santé et l’environnement.
Nouveau développement concernant les cultures illégales de soya transgénique par la compagnie Syngenta dans l’ouest du Paraná, occupées depuis le 14 mars par des militants de la Via Campesina : La compagnie Syngenta Seeds s’est vue imposée une amende de 1 million de Reais (environ 500 000$) aujourd’hui par l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (IBAMA), pour avoir cultivé du soya transgénique dans une zone de protection écologique en contravention de la Loi nationale sur la biosécurité. IBAMA a indiqué que le soya transgénique cultivé illégalement serait détruit afin d’éviter toute contamination.
En terminant, le gouverneur du Paraná Roberto Requião, qui s’est fait le champion de la lutte contre les semences transgéniques, a signé aujourd’hui un décret sur l’étiquetage des produits transgéniques. Ce décret rend obligatoire l’étiquetage des aliments qui contiennent des organismes modifiés génétiquement et qui sont destinés à la consommation humaine ou animale. La signature du décret s’est fait en présence du ministre fédéral de l’environnement et d’une centaine de militants de la Via Campesina.
Pendant ce temps, à l’extérieur du centre de convention, la journée d’action contre Terminator a été marquée par une manifestation de la Via Campesina (voir photos ci-dessous). La mobilisation a gagné l’intérieur du centre de convention aujourd’hui avec une action menée par les femmes de la Via Campesina lors d’une session du groupe de travail sur la biodiversité agricole. Portant fichu, slogans et chandelles, elles ont formé une chaîne humaine autour de la salle et forcé une pause dans les débats par leur présence silencieuse et pleine de dignité. Elles ont quitté la salle en chantant, sous les applaudissements de la salle, après que le président de la séance ait reconnu qu’il s’agissait « d’une manifestation sincère pour laquelle beaucoup d’entre nous éprouvons de la sympathie, et qui nous rappelle que nous sommes citoyens du monde et non seulement de pays ».
C’est demain que les TRURG seront abordé dans le cadre du groupe de travail sur la biodiversité agricole…
À moins de 48h des négociations, le vent semble tourner
Karine Peschard –
Tuesday 21 March 2006
À moins de deux jours des négociations sur les technologies de restriction de l’utilisation des ressources génétiques (TRURG), prévues à l’ordre du jour de la 8 e Conférence des Parties à la Convention de l’ONU sur la biodiversité (COP8) pour mercredi en matinée, plusieurs développements encourageants aujourd’hui :
Rappel : En janvier dernier, à Grenada (Espagne), la Nouvelle-Zélande a proposé le principe de l’« évaluation des risques au cas par cas » des TRURG (anecdote : un représentant des États-Unis, non Partie à la CBD, était à ses côtés et lui soufflait ses instructions à l’oreille…). En apparence inoffensif, ce langage ouvre en fait la porte aux essais en champs, et met donc fin, à toute fins pratiques, au moratoire de facto sur les TRURG.
Hier encore, les perspectives d’empêcher que ce langage soit adopté était plutôt sombres, quelques pays étant fermement résolus à l’imposer. Or il semble que la partie ne soit pas perdue.
Dans son discours d’ouverture ce matin, le gouverneur du Paraná, Roberto Requião, a abordé la question de Terminator et condamné ouvertement toute tentative de saboter le moratoire. Plusieurs représentants autochtones ont par la suite pris le micro et condamné Terminator en termes très forts, soulignant la menace qu’il pose pour la biodiversité, les savoirs traditionnels autochtones, les petits agriculteurs et la sécurité alimentaire mondiale.
De l’autre côté de l’océan, le Parlement européen a massivement (419-1-5) voté une résolution dont le texte est sans équivoque. Celle-ci réclame que 1) soit écarté toute proposition visant à compromettre le moratoire sur les essais sur le terrain et l'exploitation des technologies Terminator et 2) que l'UE défende vigoureusement l'interdiction de toute culture en plein air impliquant des technologies de réduction de l'utilisation des ressources génétiques tant que des recherches approfondies sur les conséquences écologiques et socio-économiques et sur tout effet néfaste sur la biodiversité, la sécurité alimentaire et la santé humaine aient été menées d'une manière transparente.
Au Canada, le Bloc Québécois a aussi réclamé par voie de communiqué de presse que le gouvernement canadien prenne position en faveur du maintien du moratoire de facto sur Terminator. Finalement, en soirée, un forum public « Terminator au banc des accusés », tenu à Ottawa en présence de la scientifique indienne Vandana Shiva et de l’agriculteur canadien Percy Schmeiser, a attiré plus de mille personnes.
Les délégations canadienne, nouvelle zélandaise et australienne sont, à juste titre, nerveuses. À suivre...
COP8: L'avenir du moratoire sur Terminator est en jeu
Karine Peschard –
Monday 20 March 2006
C’est demain que commence la 8 e Conférence des Parties (COP8) à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CBD) à Curitiba, Brésil. Un des enjeux majeurs de cette rencontre sont les technologies de restriction de l’utilisation des ressources génétiques (TRURG). La COP8 sera en effet déterminante pour l’avenir du moratoire de facto sur la technologie de stérilisation des semences - mieux connue sous le nom de Terminator – introduit à la CBD en 2000. À ce jour, 510 organisations de la société civile partout dans le monde ont endossé la Campagne pour interdire Terminator (pour voir la liste des signataires : www.banterminator.org/endorsements).
Le Canada est tristement célèbre pour avoir tenté le premier de mettre fin au moratoire lors d’une réunion de la CDB à Bangkok en février 2005. Au mépris d’une opposition internationale considérable, une poignée de pays – Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, Royaume-Uni, États-Unis (ces derniers n’ont pas signé la Convention sur la diversité biologique, ce qui ne les empêche pas d’avoir une des plus importantes délégations…) - continuent de défendre cette technologie.
La semaine dernière, des centaines de membres de Via Campesina ont participé au Forum de la société civile qui se tenait parallèlement à la Réunion des Parties au Protocole de Cartagène sur la biosécurité. Les représentants de mouvements paysans et autochtones seront également présents cette semaine pour la réunion de la CBD, et comptent faire entendre leurs voix lors des négociations, en particulier sur la question des TRURG. À suivre…
